Notre Diagonale des fous

Après les 100 miles of Istria en avril dernier (111km et 4800m de dénivelé positif, 92ème pour Thierry en 17h48 et 104ème pour Olivier en 18h04), nous étions le 17 octobre à La Réunion pour « La Diagonale des Fous » (170km et 9576m de dénivelé positif). Les coureurs partent de Saint-Pierre, dans le Sud de l’île, et remontent en diagonale vers la capitale Saint-Denis au Nord. Sur le trajet, trois cirques à traverser : Cilaos, Mafate, et Salazie.

Le parcours de cette diagonale n’est effectivement pas de tout repos, il n’y a pas de chemin plat, les pentes sont très raides et encombrées de beaucoup de marches, de racines, de pierres et de boue.

Au départ de Saint-Pierre, jeudi 17 octobre à 22h, 2715 personnes s’élancent dans la nuit, les premiers arriveront en 23h30 et les derniers en 66h.


2h à attendre, le prix à payer pour être dans le premier peloton et éviter les bouchons.


Thierry : « Après une belle préparation estivale dans les Pyrénées, mais un dernier mois un peu perturbé par une sinusite et des douleurs dorsales post-traumatiques au lymphome, je suis arrivé sans trop de repères sur cet ultra-trail réputé comme un des plus techniques au monde ».

Il est 22h, c’est parti ! Dans une ambiance réunionnaise de folie, un long peloton s’élance pour une longue montée de nuit jusqu’au col de Nez de Bœuf à 2000m d’altitude. Le froid nous cueille au petit jour avec ses 4°C et nous pousse à descendre rapidement vers le ravitaillement de Mare à Boue. La pause est rapide, déjà on enchaîne sur 16 km par une montée très difficile (boue, racines et marches de pierre), puis surtout par la très technique et redoutée descente Kerveguen (800m de dénivelé négatif sur 2 km).

Le cirque de Cilaos avec à droite la descente de Kerveguen et à gauche la montée au col du Taïbit pour rentrer dans Mafate.


On arrive à Cilaos, dans le cirque du même nom, après 65km et 3300m de dénivelé positif cumulé, une pause plus longue s’impose. Sur cette base de vie, on retrouve notre assistance. L’assistance est un vrai réconfort mental dont on réalise l’importance lorsque l’on repart heureux et boosté d’avoir vu ses proches. Pourtant, l’instant est difficile, car on arrive avec notre état de fatigue, nos envies et l’idée que l’on ne doit pas s’éterniser. Bravo à eux de nous attendre, parfois longtemps, pour nous voir déjà repartir, et de ne partager qu’un court instant à notre service. Environ 13h de course, Olivier est devant. Une descente, puis une grosse montée (Col du Taïbit, 1100m de dénivelé positif), va nous permettre de sortir du cirque de Cilaos et de rentrer dans le Cirque de Mafate.

Olivier : « Après un départ grisant au milieu d’un public nombreux qui vous galvanise pendant plusieurs kilomètres, je distance volontairement Thierry afin de me permettre une petite pause « nature » pour me soulager, les 3 heures d’attente avant le départ ne nous permettaient pas de la faire. Pendant mon arrêt, les coureurs passent et je repars persuadé que mon acolyte est devant. J’accélère donc le rythme et double beaucoup de coureurs afin de le rattraper. Je suis parti beaucoup trop vite sur cette partie mais je me sens plutôt bien et effectivement je passerai en avance sur mes prévisions jusqu’à Cilaos. Le côteau Kerveguen et sa descente laissent des traces, mais j’arrive à Cilaos où je retrouve mon assistance que j’ai réveillée tôt dans la nuit pour faire la route aux 400 virages. J’apprends que je cours pour rattraper Thierry qui est derrière moi ! Je m’arrête 40min, le temps de me changer et de manger, pause trop longue à mon goût, je voudrais profiter de ma forme, on ne sait jamais combien de temps cela va durer… ».

Ravitaillement de Cilaos


Thierry: « Cette première partie a été difficile : je n’avançais pas, je n'avais pas trop d’énergie et ma douleur au dos me lançait dans les descentes. Dans ce cas-là, le mental doit prendre le dessus, penser d’où on vient quand il y a deux ans on rêvait de ces sentiers derrière une vitre d’hôpital, penser aux enfants et à tous ceux qui aident aux projets. Avancer à son rythme, se forcer à manger, à boire et profiter des instants en se disant que ça va le faire. A Cilaos, je retrouve Séverine mais je suis un peu paumé, je ne sais pas trop où je vais, sportivement je ne suis pas dedans, je suis 966ème et Olivier est loin devant. Je m’allonge 25 minutes, prends 30 minutes pour manger et me changer et déjà il faut repartir. »


Le cirque de Mafate vu du Maïdo, à droite le col du Taïbit, puis on descend sur Marla et on remonte au col des bœufs, à gauche on redescend dans Mafate pour arriver à Ilet grand place.


Descendre dans le cirque de Mafate veut dire plus aucune route, il faudra en ressortir par ses propres moyens. Une descente sur Marla et sa ravine, et déjà on remonte par un sentier de rondins vers la Plaine des Tamarins. Au col des Bœufs, changement de décor, on rentre dans la zone tropicale du cirque de Salazie. La deuxième nuit, humide, nous attend et la bruine, qui se réverbère dans le halo de la frontale, ne va pas rendre évident la pose des pieds dans les chemins boueux, les racines et les pierres devenues glissantes. On va descendre 1000m de dénivelé en essayant de ne pas faire la glissade fatale et en se rassurant on se dit que l’on entame la deuxième partie de course : chaque pas nous rapproche de l’arrivée. Cette descente nous ramène dans le cirque de Mafate, une courte, mais rude ascension avec quelques passages délicats ponctués par une nouvelle descente nous amène à Ilet à Bourse.

Au milieu de la nuit, quand on lève un peu les yeux du chemin, on découvre les constellations de l’Hémisphère Sud et cette lune penchée bizarrement, on se sent petit dans cet environnement sauvage, mais loin d’être seul car d’autres constellations brillent de mille feux et se déplacent dans la montagne. Derrière nous, un long serpent descend, devant nous un long serpent est déjà dans la terrible montée du Maïdo. Certains rentrent dans le cirque, d’autres en sortent, et à ma montre, les premiers sont déjà arrivés !!! C’est parti pour 1500m de dénivelé positif après avoir traversé le gué de la rivière des Galets, la remontée constante, raide avec une succession de lacets serrés et de marches en direction du col du Maïdo. Le petit jour est là et on se dit que sortir de Mafate c’est déjà une bonne chose ! Au bout de 112km et plus de 7000m de dénivelé positif, on peut entrevoir l’arrivée, même si la route est encore longue et qu’il va falloir négocier maintenant une longue descente de 1600m en négatif.

Thierry : « Enfin vient l’éclaircie… à Marla dans le cirque de Mafate, après 18h30 de course et 80km, je dors 20 minutes et en me levant je n’ai plus de douleur au dos, l’énergie est rétablie, et effectivement les sensations sont bonnes. Je me sens mieux ! La deuxième partie de course est plaisante, j’accélère, les sensations sont bonnes après la bruine, il fait chaud la nuit dans la montée du Maïdo, je pense à ceux qui vont passer de jour, avec des températures autour de 35°C. J’ai pris le temps de faire des petites siestes de 15-20 minutes et pourtant j’ai remonté 384 places quand j’arrive à Ilet Savannah, Olivier est là mais va repartir avant moi. »

La montée du Maido, et derrière une longue descente vers Ilet savannah


Olivier : « Dans le cirque de Mafate, je commence à avoir des douleurs aux ménisques avec toutes ces pierres et marches à descendre, je descends bien mais sans forcer pour ne pas user prématurément la machine, la course est encore longue ! Arrivé à Marla, je découvre des messages d’encouragement de mes proches sur grand écran et ça me réconforte et me remonte le moral au max. Je repars comme un bolide, doublant des dizaines de concurrents, mais cette euphorie passagère où je me suis senti pousser des ailes je la paierai plus tard. Je commence à ressentir un peu le manque de sommeil au cours de la deuxième nuit et, arrivé à Roche Plate, je me dis qu’une petite sieste me fera du bien mais aucun lit n’est disponible avant 30min et à cet endroit il fait froid. 40min de pause et je repars après avoir essayé de me reposer dans ma couverture de survie mais en vain. J’ai réussi à m’alimenter car depuis plusieurs heures, je n’avais pas réussi à manger grand-chose. J’arrive à 4h du matin au Maïdo et entame la descente vers Ilet Savannah en espérant dormir à l’arrivée. Mais, ces 17km de descente dureront 3h30 car mes genoux sont douloureux et la descente raide. A l’arrivée, il fait jour et je n’ai plus sommeil. Je mange, prends une douche, passe dans les mains des kinés qui me changeront littéralement les jambes (merci à eux !). Hélène soigne mes ampoules et je repars quand Thierry arrive, je sais par habitude qu’il me rattrapera ».


Ilet Savannah, 2ème poste de vie, on retrouve notre assistance, des encouragements et la chaleur qui monte progressivement à plus de 30°C. Se changer, nettoyer la boue pour éviter les ampoules, manger, des paroles courtes et des mercis trop petits et déjà on s’éloigne.

Maintenant, les montées sont plus courtes mais toujours aussi techniques et l’on retrouve plus facilement son assistance. A La Possession, on se retrouve tous les deux, on discute un peu et le plaisir de nous retrouver nous décide à terminer cette aventure ensemble, ce qui colle bien avec le projet « Cordées de Trail » : des défis, mais aussi une aventure de partage, comme peuvent le vivre les enfants en rémission de cancer qui gravissent leur Everest en cordée avec les autres stagiaires à Chamonix.


Ravitaillement de La Possession.


Thierry : « Quand je rattrape Olivier au 146èmekm, je suis 582ème et j’ai la patate ! Olivier marque le coup, le manque de sommeil doit se faire sentir. Comme on a décidé de finir ensemble, il va falloir que je trouve des trucs pour le booster car je n’ai pas envie de rallumer la frontale (je n’ai plus de batterie en plus!!!). »

On repart ensemble de La Possession pour courir ensemble les derniers kilomètres.


Olivier : « Quand Thierry me rattrape, je suis bien sûr fatigué mais pas tant que ça, j’ai surtout changé d’état d’esprit après avoir passé le Maïdo, je sais que j’arriverai au bout (même si je n’en doutais pas depuis le départ) et je ne veux pas trop tirer sur l’organisme pour gagner quelques places, voire 1h ou 2h, je pense plutôt à cet instant à profiter un maximum de l’aventure, des paysages, de mon assistance et de la joie de partager ce moment avec Thierry après l’avoir perdu pendant 140 km ».

Le Chemin des Anglais puis la Grande Chaloupe, dernier arrêt avec notre assistance avant le Mont Colorado, 780m de dénivelé positif et la même chose en descente pour arriver au Stade de la Redoute à Saint-Denis.

La 3ème nuit va tomber, alors on descend vite, pas d’arrêt programmé. On rentre dans le stade, pour nous, ce sera 44h36 sur la ligne d’arrivée… c'est 2 jours et 2 nuits dehors ! L’instant est trop court, un regard sur l’écran, 578ème sur 2715 partants. Une photo pour dire qu’on pense à vous les donateurs et aux enfants malades, on enlace ses proches et déjà il faut laisser la place aux autres. Pendant la course, le temps était suspendu au rythme de nos pieds, il nous appartenait, mais maintenant nous voilà sur le stade de la Redoute déambulant comme tous les finishers, ivres de notre périple et un peu hagards dans un monde qui nous semble aller trop vite. Heureusement, nos proches vont nous aider à atterrir doucement, car notre tête est toujours là-haut dans la montagne.

Merci à tous ! Défi validé grâce à vous !


Thierry : « Passer la ligne, on en rêve, c’est notre objectif, pourtant c’est en même temps une expérience intime qui se termine. Une pensée pour ceux qui vont encore passer une nuit sur les sentiers, et maintenant il faut prendre le temps de partager cela avec Séverine. Pendant la course, j'ai dû dormir 1h20 environ par tranche de 15 minutes, mais dans la voiture au retour je ne vais pas tenir 3 minutes éveillé… la bière sûrement… »

Olivier : « Cette arrivée au stade est fabuleuse, les sentiments sont particuliers, mêlés de joie, d’irréel (on ne réalise pas immédiatement que la course est finie), de tristesse aussi que ce moment tant attendu se termine. Finalement, le plus grand bonheur est peut-être la fierté que l’on peut lire dans les yeux de nos proches. Après une bonne nuit, je réalise un peu plus, et je me félicite de m’être ménagé sur la fin de course car je n’ai même pas de courbatures, la bière peut-être… ».

Nous avons vécu une très belle aventure dans une très belle île : végétation luxuriante, paysages magnifiques, oiseaux qui chantent et des Réunionnais vraiment très accueillants.

Nous avons pensé à vous pendant la course et nous vous remercions une fois de plus : Pilèje (spécialiste de la micro-nutrition) qui a parrainé un enfant, Louis de Grenelle (Maison de bulles à Saumur), l’association « 1001 patates » pour son joli don, Terre de Running qui nous fournit les maillots, et tous les autres donateurs petits ou grands. Merci à tous ceux qui soutiennent le projet financièrement avec pour objectif de trouver 20.000€ pour parrainer 8 enfants en rémission de cancer.

Nous avons encore besoin d’aide… alors il n’y a pas de petit don ! Tous ceux qui veulent nous rejoindre, n’hésitez pas à venir sur le site « Cordées de Trail »

Suite du défi en avril prochain…

Run baby run





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